Azeleen
29/05/2006, 14h10
Assalam ô 'Aleïkoum,
Je ne sais pas si vous avez vu le film, ou lu le livre du même nom...j'en ai vu une partie et j'ai beaucoup aimé.
Son texte mêle les notes documentaires aux états d'âme du narrateur : l'horreur des camps de réfugiés, l'effroyable misère d'un des cinq pays les plus pauvres de la planète, deviennent le support de la douleur psychique d'un individu.
Il faut un certain culot pour construire un long métrage autour d'une voix off. Marguerite Duras pouvait s'offrir le luxe, elle, d'ennuyer un vulgum pecus auquel elle ne s'adressait pas : elle pouvait compter sur d'inconditionnelles groupies qui se pâment au son de sa voix. Ce n'est pas le cas de Frédéric Mitterrand, dont "Lettres d'amour en Somalie" était le premier film : d'emblée il s'est fait plaisir, n'a fait de concession qu'à son propre goût et à son propre cheminement et, miracle, après quelques instants de flottement et de réticences, on prend le prochain vol, on "rattrape" Frédéric déjà enfoncé dans cette toujours misérable corne orientale de l'Afrique.
«Il n'y avait pour m'accompagner que la douleur que tu m'avais laissée.»
On pourrait voir dans cette démarche la volonté de montrer par un parallèle provocant et cynique que le monde peut bien crever autour de vous, subir toutes les injustices et toutes les tortures, il n'y a que votre souffrance qui vous intéresse, il n'y a que les contrariétés supportées par votre petit ego de nanti qui vous touchent vraiment.
Il y a cela sans doute dans "Lettres d'amour en Somalie", mais ce serait raté s'il n y avait que cela, si cette impression n'était pas dépassée, par le décalage volontaire entre le texte et l'image, Mitterrand suggère la futilité et la dérision des tourments des Occidentaux face au malheur qui frappe les populations déshéritées.
«Cette douleur, je te l'ai prise.», dit le narrateur à son correspondant ; mais cette douleur, que pèse-t-elle face aux nomades de Somalie qui luttent pour pouvoir encore manger demain ?
Peut-on fuir l'enfer de la souffrance et du chagrin quand l'être aimé vous a quitté ? Frédéric Mitterrand, auteur de ces lettres a cru qu'un voyage lointain lui apporterait la paix et l'oubli. En choisissant la Somalie, parmi les pays les plus déshérités de la planète, il a cru se perdre, n'importe où, hors du monde. Lorsqu'il arrive dans ce pays meurtri, ravagé par la guerre, avec sa peine, sa douleur, ses lambeaux de souvenirs, il se sent pareil aux réfugiés, aux nomades somalis. Il a l'impression de marcher depuis aussi longtemps qu'eux.
«Amour, j'écris ton nom dans le sable de mes pas qui m'éloignent de toi encore plus, pas à pas, jusqu'à cet éternel retour dont je choisirai le jour et l'heure, engourdi de sommeil, dans la salle des pas perdus d'un aéroport désert où le sourire triste d'une petite sœur de Maria Schneider en transit à Mogadiccio me dira droit au cœur que je t'ai perdu pour toujours.»
C'est le livre des mots en larmes, qui crient le désamour. Ces mots font écho aux quarante-deux photographies noir et couleur de Diane Delahaye.
C'est le livre de la rupture amoureuse, de l'absence, du manque, de l'exil aussi. Il porte une blessure, la tristesse de la rupture, le regret du temps perdu qui structure chaque vie.
Cent vingt pages paysages au cœur de la Somalie désolée.
SOMALIE, mot valise, continent magique, terre balise au centre de laquelle se cristallisent la douleur de l'absence et la misère post-coloniale.
SOMALIE, lieu inabordable et contrées imaginaires, lent voyage de deuil longtemps sillonné du bout de l'index sur une mappemonde lumineuse.
« Parfois le désespoir est un sentiment calme. »
http://idata.over-blog.com/0/05/17/99/livres/lettres-amour-en-somalie-frederic-mitterrand.jpg
Ce journal de bord mezzo-voce de Frédéric Mitterrand transperce la tempête du sentiment, même si les lettres somaliennes ne parviennent plus à leur destinataire privilégié.
Il est trop tard dans la vie. Ce livre se fait messager particulier de ces amours finissantes. L'écran des larmes blanchi de mots fantômes se fait transbordeur vocal des fuseaux horaires. Minuit en plein soleil, le Navire Night somalien, même s'il n'a plus d'itinéraire, se tient toujours face à la nuit des temps.
Pendant quelques semaines, Frédéric Mitterrand va parcourir ce pays en long et en large. Regarder son histoire, les vestiges de la domination italienne, la trace de l'alliance avec les Soviétiques, le régime de Muhammad Ziyad Barre, la guerre avec l'Ethiopie.
«Umberto [de Savoie], qu'ont-ils fait de ta couronne ? Trente jours de règne : comme elle a dû te paraître amère cette fin de parcours après mille ans d'Histoire. Les porteurs de drapeaux ont disparu et sur les autoroutes du dimanche soir, personne ne songe plus à toi.»
De retour à Paris, une certitude : la Somalie était telle qu'il l'attendait et, s'il l'avait tant aimée, c'est que leurs épreuves étaient semblables.
Chaque jour jour, un peu moins d'enfance, encore plus de solitude, les parfums frais s'éventent en dépit de la vie qui, chaque jour, se réinvente à corps perdu…
(tiré d'un site internet).
Lien supprimé pour certaines choses que je n'y avais pas vu.
Le film a obtenu le "Prix Jean-Louis Bory".
Je ne sais pas si vous avez vu le film, ou lu le livre du même nom...j'en ai vu une partie et j'ai beaucoup aimé.
Son texte mêle les notes documentaires aux états d'âme du narrateur : l'horreur des camps de réfugiés, l'effroyable misère d'un des cinq pays les plus pauvres de la planète, deviennent le support de la douleur psychique d'un individu.
Il faut un certain culot pour construire un long métrage autour d'une voix off. Marguerite Duras pouvait s'offrir le luxe, elle, d'ennuyer un vulgum pecus auquel elle ne s'adressait pas : elle pouvait compter sur d'inconditionnelles groupies qui se pâment au son de sa voix. Ce n'est pas le cas de Frédéric Mitterrand, dont "Lettres d'amour en Somalie" était le premier film : d'emblée il s'est fait plaisir, n'a fait de concession qu'à son propre goût et à son propre cheminement et, miracle, après quelques instants de flottement et de réticences, on prend le prochain vol, on "rattrape" Frédéric déjà enfoncé dans cette toujours misérable corne orientale de l'Afrique.
«Il n'y avait pour m'accompagner que la douleur que tu m'avais laissée.»
On pourrait voir dans cette démarche la volonté de montrer par un parallèle provocant et cynique que le monde peut bien crever autour de vous, subir toutes les injustices et toutes les tortures, il n'y a que votre souffrance qui vous intéresse, il n'y a que les contrariétés supportées par votre petit ego de nanti qui vous touchent vraiment.
Il y a cela sans doute dans "Lettres d'amour en Somalie", mais ce serait raté s'il n y avait que cela, si cette impression n'était pas dépassée, par le décalage volontaire entre le texte et l'image, Mitterrand suggère la futilité et la dérision des tourments des Occidentaux face au malheur qui frappe les populations déshéritées.
«Cette douleur, je te l'ai prise.», dit le narrateur à son correspondant ; mais cette douleur, que pèse-t-elle face aux nomades de Somalie qui luttent pour pouvoir encore manger demain ?
Peut-on fuir l'enfer de la souffrance et du chagrin quand l'être aimé vous a quitté ? Frédéric Mitterrand, auteur de ces lettres a cru qu'un voyage lointain lui apporterait la paix et l'oubli. En choisissant la Somalie, parmi les pays les plus déshérités de la planète, il a cru se perdre, n'importe où, hors du monde. Lorsqu'il arrive dans ce pays meurtri, ravagé par la guerre, avec sa peine, sa douleur, ses lambeaux de souvenirs, il se sent pareil aux réfugiés, aux nomades somalis. Il a l'impression de marcher depuis aussi longtemps qu'eux.
«Amour, j'écris ton nom dans le sable de mes pas qui m'éloignent de toi encore plus, pas à pas, jusqu'à cet éternel retour dont je choisirai le jour et l'heure, engourdi de sommeil, dans la salle des pas perdus d'un aéroport désert où le sourire triste d'une petite sœur de Maria Schneider en transit à Mogadiccio me dira droit au cœur que je t'ai perdu pour toujours.»
C'est le livre des mots en larmes, qui crient le désamour. Ces mots font écho aux quarante-deux photographies noir et couleur de Diane Delahaye.
C'est le livre de la rupture amoureuse, de l'absence, du manque, de l'exil aussi. Il porte une blessure, la tristesse de la rupture, le regret du temps perdu qui structure chaque vie.
Cent vingt pages paysages au cœur de la Somalie désolée.
SOMALIE, mot valise, continent magique, terre balise au centre de laquelle se cristallisent la douleur de l'absence et la misère post-coloniale.
SOMALIE, lieu inabordable et contrées imaginaires, lent voyage de deuil longtemps sillonné du bout de l'index sur une mappemonde lumineuse.
« Parfois le désespoir est un sentiment calme. »
http://idata.over-blog.com/0/05/17/99/livres/lettres-amour-en-somalie-frederic-mitterrand.jpg
Ce journal de bord mezzo-voce de Frédéric Mitterrand transperce la tempête du sentiment, même si les lettres somaliennes ne parviennent plus à leur destinataire privilégié.
Il est trop tard dans la vie. Ce livre se fait messager particulier de ces amours finissantes. L'écran des larmes blanchi de mots fantômes se fait transbordeur vocal des fuseaux horaires. Minuit en plein soleil, le Navire Night somalien, même s'il n'a plus d'itinéraire, se tient toujours face à la nuit des temps.
Pendant quelques semaines, Frédéric Mitterrand va parcourir ce pays en long et en large. Regarder son histoire, les vestiges de la domination italienne, la trace de l'alliance avec les Soviétiques, le régime de Muhammad Ziyad Barre, la guerre avec l'Ethiopie.
«Umberto [de Savoie], qu'ont-ils fait de ta couronne ? Trente jours de règne : comme elle a dû te paraître amère cette fin de parcours après mille ans d'Histoire. Les porteurs de drapeaux ont disparu et sur les autoroutes du dimanche soir, personne ne songe plus à toi.»
De retour à Paris, une certitude : la Somalie était telle qu'il l'attendait et, s'il l'avait tant aimée, c'est que leurs épreuves étaient semblables.
Chaque jour jour, un peu moins d'enfance, encore plus de solitude, les parfums frais s'éventent en dépit de la vie qui, chaque jour, se réinvente à corps perdu…
(tiré d'un site internet).
Lien supprimé pour certaines choses que je n'y avais pas vu.
Le film a obtenu le "Prix Jean-Louis Bory".